Les pilotes qui ont gagné Le Mans le plus de fois : classement et anecdotes méconnues

19 juin 2026

En bref :

  • Le record absolu de victoires aux 24 Heures du Mans appartient à Tom Kristensen avec 9 succès entre 1997 et 2013.
  • Juste derrière, Jacky Ickx cumule 6 victoires, un palmarès bâti sur la polyvalence et une science de la course unique.
  • Plusieurs pilotes partagent la barre des 5 victoires, dont Derek Bell, Frank Biela et Emanuele Pirro, symboles de l’ère Audi.
  • Des records étonnants complètent le tableau : vainqueur le plus jeune à 22 ans, pilote ayant roulé 24 heures sans quitter la voiture, ou encore 30 départs sans victoire.
  • L’ère Hypercar et le retour de Ferrari en tête depuis 2023 réécrivent le classement moderne des grands spécialistes du Mans.

Classement des pilotes les plus titrés aux 24 Heures du Mans

Le cœur de l’histoire du Mans se lit dans le palmarès des pilotes. Quelques noms dominent largement les statistiques, avec des séries de victoires qui ressemblent à des règnes. Le tableau ci‑dessous rassemble les principaux recordmen depuis 1923.

PiloteNombre de victoiresAnnées de victoire
Tom Kristensen91997, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2008, 2013
Jacky Ickx61969, 1975, 1976, 1977, 1981, 1982
Derek Bell51975, 1981, 1982, 1986, 1987
Frank Biela52000, 2001, 2002, 2006, 2007
Emanuele Pirro52000, 2001, 2002, 2006, 2007
Sébastien Buemi42018, 2019, 2020, 2022
Henri Pescarolo41972, 1973, 1974, 1984

Ce classement brut montre d’emblée la domination de l’ère moderne. Les voitures plus fiables et les programmes officiels sur plusieurs années permettent aux mêmes équipages de s’imposer plusieurs fois. Pourtant, les anciens comme Jacky Ickx ou Henri Pescarolo ont construit leurs séries dans des conditions mécaniques beaucoup plus précaires.

Les 9 victoires de Tom Kristensen couvrent trois périodes techniques différentes : prototypes essence ouverts, diesel, puis hybrides. À l’inverse, les 5 succès de Frank Biela et Emanuele Pirro reposent surtout sur la même base technique, l’Audi R8 puis la R10 TDI, taillées pour l’endurance avec un V8 puis V12 turbo‑diesel extrêmement robustes.

Dans ce haut de tableau, un détail intrigue souvent les passionnés. Aucun champion du monde de Formule 1 moderne n’apparaît tout en haut, malgré les titres de Fernando Alonso ou de Mike Hawthorn. Le Mans reste un univers à part : la régularité sur 24 heures, la gestion des doubles relais de nuit et le trafic comptent autant que la pointe de vitesse pure.

Les spécialistes modernes de l’Endurance

Le classement récent se distingue par des pilotes qui ont misé toute leur carrière sur l’endurance. Sébastien Buemi, par exemple, cumule 4 victoires avec Toyota et une série de podiums impressionnante, sans être une star de la F1. Son profil illustre l’endurance actuelle : gros bagage technique, sens du trafic et travail permanent au simulateur.

L’autre tendance claire est la montée des équipages stables. Des trios comme Lotterer–Fässler–Tréluyer ou Buemi–Nakajima–Alonso/Hartley ont enchaîné les saisons avec la même équipe. Cette continuité explique en partie pourquoi les records modernes s’envolent. Un trio qui se connaît par cœur perd moins de temps dans les relais, dans la radio ou dans la mise au point.

Tom Kristensen, le « Mister Le Mans » et son règne de 9 victoires

Pour comprendre ce que représentent 9 victoires au Mans, il suffit de comparer. Avant Tom Kristensen, le record de Jacky Ickx semblait intouchable avec 6 succès. Le Danois a ajouté trois couronnes supplémentaires, avec trois générations de prototypes différents, sans jamais se contenter d’un simple rôle de passager dans une machine dominante.

Sa première victoire en 1997 avec la TWR Porsche WSC‑95 arrive dès sa découverte de la course. Il remplace au pied levé un pilote blessé chez Joest Racing et signe d’emblée le succès. Cette capacité d’adaptation résume bien le personnage : méthodique, précis, capable d’être rapide avec une voiture qu’il ne connaît pas encore parfaitement.

L’ère Audi : régularité chirurgicale et travail d’équipe

Les années 2000 installent définitivement Tom Kristensen au sommet. Avec l’Audi R8, il aligne trois victoires consécutives aux côtés de Frank Biela et Emanuele Pirro. La voiture est rapide, mais c’est surtout la fiabilité du V8 turbo et la discipline dans les stands qui font la différence. Aucun excès, pas de sortie de piste, très peu de pénalités : le trio roule comme une horloge.

L’arrivée du diesel en 2006 avec la R10 TDI change la donne technique. Poids plus élevé, couple énorme, gestion fine de la consommation : l’équilibre de la voiture n’a plus rien à voir avec celui d’une GT de sprint. Kristensen reste au sommet grâce à un freinage très doux et une gestion de pneus exemplaire, deux qualités qui préservent la mécanique sur 24 heures.

Autre point rarement mis en avant : la faculté du Danois à piloter sous la pluie sur la portion des Hunaudières, là où les prototypes touchent régulièrement plus de 330 km/h. Plusieurs de ses relais décisifs se jouent dans des conditions mixtes, quand la piste sèche par endroits. Il garde un rythme constant là où d’autres alternent tours rapides et frayeurs.

Son ultime victoire en 2013 avec l’Audi R18 e‑tron quattro boucle la boucle. Cette fois, la voiture hybride dispose d’un système de récupération d’énergie au freinage, avec déploiement électrique sur certaines zones. L’apprentissage est lourd pour tout le monde, mais l’expérience de Kristensen guide l’équipe sur la stratégie d’économie de carburant sans sacrifier la moyenne horaire.

Jacky Ickx, Derek Bell et les maîtres de l’ère Porsche

Avant la vague Audi, le temple du Mans s’appelait clairement Porsche. Et dans ce temple, deux noms dominent : Jacky Ickx et Derek Bell. Le premier affiche 6 victoires, le second 5, souvent comme coéquipiers. Leur complémentarité a marqué l’ère des 936 et 956, machines de référence des années 70‑80.

La première victoire d’Ickx en 1969, avec sa marche à pied symbolique au départ pour dénoncer les ceintures mal serrées, reste une image forte. Il part dernier, s’attache correctement, puis remonte toute la grille pour s’imposer avec la GT40. Cette victoire résume sa philosophie : sécurité, intelligence de course, et attaque quand il le faut vraiment.

Les années 936 et 956 : l’école de l’endurance moderne

Les victoires communes d’Ickx et Bell arrivent ensuite avec les prototypes Porsche 936 puis 956. Le turbo change le visage de l’endurance : poussée brutale, risques de surchauffe, consommation complexe à gérer. Les deux hommes apprennent à jouer avec ce moteur comme avec un interrupteur, en modulant la pression du turbo selon le trafic et l’état des pneus.

Un détail étonnant, souvent oublié : Jacky Ickx détient aussi les records de pole positions (5) et de meilleurs tours (5) au Mans. Autrement dit, il ne se contentait pas de gérer, il roulait aussi plus vite que tout le monde quand la voiture le permettait. Son style propre, très fluide, usait moins les pneus tout en gardant une vitesse de passage impressionnante dans les Porsche Curves.

De son côté, Derek Bell apporte une énorme sérénité dans l’habitacle. Capable d’enchaîner les relais de nuit avec une précision métronomique, il limite les erreurs dans les conditions les plus piégeuses. Cette solidité explique ses 19 arrivées au Mans, un record qui montre surtout sa science de la préservation de la mécanique.

Le duo incarne donc une forme d’équilibre idéal : un leader capable de coups d’éclat en qualifications et en course, associé à un coéquipier ultra constant. Leur héritage se retrouve chez des trios modernes comme Lotterer–Fässler–Tréluyer, bâtis exactement sur la même logique de complémentarité.

Anecdotes méconnues sur les multi-vainqueurs du Mans

Les chiffres racontent une partie de l’histoire, mais le Mans regorge de détails étonnants. Certains champions se distinguent moins par le nombre de coupes que par des records atypiques, qui disent beaucoup de l’exigence de cette course. Ces anecdotes donnent un visage plus humain à des palmarès parfois très froids.

Un premier exemple marquant concerne Alexander Wurz. Il devient vainqueur le plus jeune au général à 22 ans et 122 jours en 1996, puis décroche une nouvelle victoire en 2009. Entre les deux : 13 ans, le plus grand écart entre deux succès pour un même pilote au Mans. Son parcours prouve qu’on peut revenir au sommet après une longue parenthèse en F1 et en protos, à condition de s’adapter à une nouvelle génération de voitures.

Autre cas spectaculaire : la course de 1950, où Edward Ramsden Hall passe les 24 heures complètes dans la voiture. Il ne s’agit pas d’un vainqueur, mais d’un record d’endurance humaine : aucun relais cédé à son coéquipier, 236 tours couverts seul. Du point de vue d’un mécanicien, c’est presque inimaginable aujourd’hui, avec la chaleur dans l’habitacle et les forces latérales subies dans les virages rapides.

Les rois de la persévérance… et de la malchance

Certaines statistiques frappent par leur dureté. Bob Wollek détient par exemple le record du plus grand nombre de départs sans victoire au général : 30 participations, dont plusieurs podiums, mais jamais la première marche. Il reste pourtant l’un des grands visages du Mans, respecté pour sa vitesse et son engagement technique auprès de Porsche.

L’endurance récompense aussi les acharnés qui finissent par triompher. David Brabham doit attendre son 16e départ pour enfin gagner en 2009 avec la Peugeot 908 HDi FAP. Quinze années d’apprentissage, de déceptions et de voitures parfois en retrait, pour une seule victoire : cette statistique donne une vraie épaisseur à son trophée.

Autre curiosité : Yannick Dalmas possède 4 victoires, mais avec 4 constructeurs différents : Peugeot, Porsche, McLaren et BMW. Peu de pilotes peuvent revendiquer une telle polyvalence. S’intégrer à quatre cultures d’équipe, adapter son pilotage à quatre architectures différentes, du V10 atmosphérique à la GT à moteur central, demande une intelligence de pilote rarement soulignée.

Enfin, certains exploits de longévité impressionnent autant que les victoires. Jan Lammers affiche 36 années entre son premier et son dernier départ, de 1983 à 2018. De l’ère des Groupe C à celle des LMP2 modernes, le Néerlandais a dû réapprendre la voiture, les pneus, la gestion électronique plusieurs fois dans sa carrière. Ce type de trajectoire explique pourquoi l’endurance attire souvent des pilotes expérimentés plutôt que des jeunes loups uniquement attirés par la Formule 1.

Les nouveaux rois de l’ère Hypercar et l’impact des constructeurs

L’arrivée de la catégorie Hypercar en 2021 a rebattu les cartes. Les prototypes hybrides, moins extrêmes que les anciennes LMP1, ont attiré de nouveau des géants comme Ferrari, tout en laissant Toyota continuer sa série. Les pilotes les plus titrés de cette période écrivent déjà une nouvelle page du palmarès.

Sébastien Buemi est la figure centrale de cette transition. Déjà triple vainqueur avec la TS050 Hybrid, il ajoute une quatrième victoire en 2022 avec la GR010 Hybrid. Ses coéquipiers Kazuki Nakajima et Brendon Hartley atteignent chacun 3 succès, ce qui les place parmi les pilotes les plus couronnés de l’ère hybride, malgré une carrière F1 beaucoup plus discrète.

Le retour de Ferrari et la montée des nouveaux multi-vainqueurs

Le triplé de la Ferrari 499P en 2023, 2024 et 2025 a fait remonter le cheval cabré à 12 victoires constructeurs. Pour les pilotes, cette période lance de nouveaux spécialistes. Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi signent la première victoire du programme en 2023, puis d’autres coéquipiers comme Antonio Fuoco ou Robert Kubica rejoignent la liste des vainqueurs.

La clé de cette nouvelle ère tient dans le partage fin de la performance entre hybride, pneus et aérodynamique. Les pilotes doivent gérer à la fois l’énergie électrique, la dégradation des pneus Michelin et la sensibilité des Hypercar aux bosses. Ceux qui accumulent vite plusieurs victoires sont souvent ceux qui comprennent le mieux cette mécanique globale, plus que ceux qui signent un seul tour de qualification spectaculaire.

Autre évolution majeure : la densité du plateau. Avec plus de 60 voitures au départ depuis 2022, un multi‑vainqueur moderne doit gérer un trafic constant, notamment face aux LMGT3. La capacité à anticiper les écarts de vitesse, à doubler au bon endroit et à accepter parfois de perdre deux secondes pour éviter un risque, pèse autant que le talent pur au freinage.

Toutes ces tendances laissent penser que les prochains grands noms du Mans viendront encore de l’endurance pure. Les pilotes capables de rester 5 à 10 ans dans un programme officiel Hypercar ont toutes les cartes en main pour grimper à 4, 5 voire 6 victoires, et se rapprocher des légendes que sont Tom Kristensen et Jacky Ickx.

Qui est le pilote qui a gagné le plus de fois les 24 Heures du Mans ?

Le record de victoires appartient à Tom Kristensen avec 9 succès entre 1997 et 2013. Il a gagné avec plusieurs générations de prototypes, principalement sous les couleurs d Audi, ce qui en fait la référence absolue de l endurance au Mans.

Combien de pilotes ont gagné au moins cinq fois les 24 Heures du Mans ?

Ils sont trois à avoir atteint ou dépassé cinq victoires : Tom Kristensen (9), Jacky Ickx (6), puis Derek Bell, Frank Biela et Emanuele Pirro avec 5 succès chacun. Ces palmarès se sont construits sur plusieurs années avec des équipes officielles très structurées.

Quel est le plus jeune vainqueur de l histoire des 24 Heures du Mans ?

Le plus jeune vainqueur au général est Alexander Wurz, titré à 22 ans et 122 jours en 1996 avec une TWR Porsche WSC 95. Ce record tient toujours malgré l arrivée de nombreux jeunes pilotes issus de la monoplace.

Un pilote a-t-il déjà gagné Le Mans avec plusieurs constructeurs différents ?

Oui, plusieurs. Yannick Dalmas est un exemple marquant avec quatre victoires pour quatre marques différentes : Peugeot, Porsche, McLaren et BMW. Ce type de parcours illustre la polyvalence exigée par l endurance.

Quel constructeur domine le palmarès des 24 Heures du Mans ?

Porsche mène le classement avec 19 victoires au général, devant Audi avec 13 et Ferrari avec 12 après le triplé de la 499P entre 2023 et 2025. Cette domination se reflète dans le nombre de titres de leurs pilotes officiels.

A propos de l'auteur de ce post
Phillippe
Philippe est votre guide passionné dans le monde vrombissant des moteurs ! Mécano dans l'âme, il manie le tournevis comme personne et partage avec humour ses décennies d'expérience sur deux et quatre roues. Attendez-vous à des conseils francs, des astuces malines et une bonne dose de rires. Ici, on parle mécanique avec passion et sans prise de tête !